Aujourd'hui, mes bichons, nous allons parler de gens qui puent. Non, ce n'est pas une métaphore.
La première fois que j'ai fais une connexion entre les thèmes "odeur nauséabonde" et "collège", c'était quand j'étais moi-même une gentille petite collégienne à la salopette pimpante. Oui, j'avais une salopette. Et un pantalon rouge à carreau aussi. La classe incarnée. Bref.
A chaque fois que nous allions en cours de math, le passage de la porte était compliqué. Depuis le couloir où nous pouvions encore respirer l'air frais, nous franchissions lentement et à reculons le cadre de la porte. Brusquement, l'odeur aigre des aisselles du prof/de plusieurs heures de présence de troupeau d'élève en pleine puberté nous piquait les narines.
Oui, la salle de M. **** puait la mort. Mais étonnamment, au bout de 5 mn, nous ne sentions plus rien. A croire que nous avions fusionné avec l'odeur d'opossum crevé.
(Si, si, les copines, dédicace, je sais que vous vous souvenez aussi)
Puis, hier matin, alors que j'avais réussi à enfouir très très profondément ce souvenir dans les affres de ma mémoire, j'ai entendu un élève dire en rentrant dans ma salle "Aïe, ça pique le nez..."
Quoi ? Qu'entends-je ? Je pue du cul des aisselles, c'est ça ? Remise en question totale de mon hygiène, bouleversement profond de mon moi-même, mon dieu-je-suis-devenue-la-prof-qui-pue-tout-le-collège-se-moque-de-moi.
Bon. Calme toi, Super Teacher, peut-être que tu t'emballes un brin, que je me dis alors.
Donc j'ai décidé que ce n'était en aucun cas ma faute (je te jure, chéri lecteur, je me lave tous les jours et je frotte bien les coudes, parce que parfois, ça pue les coudes). Ce sont mes élèves qui puent. Bim.
J'aborde en fait un vrai sujet de société, même si on dirait pas trop comme ça, parce que forcément, tu te dis que je peux pas parler d'un truc sérieux, hein, gros bâtard de lecteur. Mais vois-tu, il y a des élèves qui sentent mauvais. Mais vraiment très très mauvais. Du genre tu passes derrière, tu as le sentiment que ça y est, toi aussi tu sens la molaire de hyène pour les 3 prochains jours.
J'avoue que je n'ai pas les réponses à ce qui est pour moi un grand mystère : l'élève est-il dans le refus simple de se laver ? Est-ce plus grave ? Comment lui en parle-t-on ? Qui doit lui en parler ?
Et phénomène étrange et fort embarrassant, il y a parfois des classes où 4 ou 5 élèves sont concernés par le problème. Je te laisse imaginer l'ambiance (l'ambipur devrais-je dire) (je pense que c'est ma plus mauvaise blague sur ce blog).
Enfin, je parle, je parle, mais hier, à la cantine, en frappant un peu trop fort mon assiette de raviolis pour faire tomber les restes dans la poubelle, j'ai tout projeté méthodiquement contre ma cuisse.
Tapisserie de raviolis sur mon pantalon noir, du Nord au Sud*.
Je commence à me demander si je ne suis pas un tantinet maladroite.
* je t'ai entendu au fond, tu as dit "sans toucher la Corse". Trop la honte sur ta famille et tes descendants.
mercredi 4 décembre 2013
jeudi 26 septembre 2013
Super Teacher a écrit "con" au tableau
Des petits détails en principe sans importance auxquels tu fais désormais gaffe maintenant que tu es gourou prof.
Le cours se déroule parfaitement. Tu commences à écrire la leçon au tableau, te hissant sur tes talons pour atteindre le point le plus haut, soit la moitié. Tu écris une phrase contenant un mot comme "contraire", "confronter", "consigne","constipation". Mais voilà, tu arrives au bout de ta ligne et tu comprends ce qui est en train d'arriver. Une goutte de sueur perle sur ton front, mais tu le sais, c'est bientôt trop tard. Oui, tu vas être forcée d'écrire CON- à la ligne - TRAIRE. Or, derrière toi, c'est une horde de 5ème et en 5ème, leur humour est encore assez simplet et un gros mot au tableau, c'est un peu Bigard et Kev Adams réunis, bref, c'est super drôle*. Alors, dans un tour de passe-passe impressionnant, tu vas à ligne plus tôt pour écrire contraire en un seul mot.

Quand tu épelles un mot qui contient la lettre Q devant les petits (5ème et 6ème), tu t'arranges pour rythmer ça de façon à ce que ce gros Q passe discrètement.
Genre : P - O - R - T - I - kuhuheu.
Et pas P - O - R - T - I - cul - U - E.
Avec les plus grands (comprendre 4ème et 3ème), les choses sont un peu plus évoluées. Enfin, évoluées si l'on veut. Par exemple, quand tu expliques un exercice, tu ne diras pas de la consigne qu'elle est "longue et dure" (true story...). Tu n'insisteras pas lourdement en parlant de la Gaule. De façon générale, tu ne diras jamais les mots suivants : "sucer", "saucisse","bénissent", etc. Pourquoi bénissent ? Parce que pénis, voyons.
C'est contraignant, mais ça évite des petites situations pas si graves, mais qui font perdre du temps. Et le temps, les mecs, c'est de l'argent.
Ma vie est vraiment pleine de subtilité.
*Ironie. [nda]
Le cours se déroule parfaitement. Tu commences à écrire la leçon au tableau, te hissant sur tes talons pour atteindre le point le plus haut, soit la moitié. Tu écris une phrase contenant un mot comme "contraire", "confronter", "consigne","constipation". Mais voilà, tu arrives au bout de ta ligne et tu comprends ce qui est en train d'arriver. Une goutte de sueur perle sur ton front, mais tu le sais, c'est bientôt trop tard. Oui, tu vas être forcée d'écrire CON- à la ligne - TRAIRE. Or, derrière toi, c'est une horde de 5ème et en 5ème, leur humour est encore assez simplet et un gros mot au tableau, c'est un peu Bigard et Kev Adams réunis, bref, c'est super drôle*. Alors, dans un tour de passe-passe impressionnant, tu vas à ligne plus tôt pour écrire contraire en un seul mot.

Quand tu épelles un mot qui contient la lettre Q devant les petits (5ème et 6ème), tu t'arranges pour rythmer ça de façon à ce que ce gros Q passe discrètement.
Genre : P - O - R - T - I - kuhuheu.
Et pas P - O - R - T - I - cul - U - E.
Avec les plus grands (comprendre 4ème et 3ème), les choses sont un peu plus évoluées. Enfin, évoluées si l'on veut. Par exemple, quand tu expliques un exercice, tu ne diras pas de la consigne qu'elle est "longue et dure" (true story...). Tu n'insisteras pas lourdement en parlant de la Gaule. De façon générale, tu ne diras jamais les mots suivants : "sucer", "saucisse","bénissent", etc. Pourquoi bénissent ? Parce que pénis, voyons.
C'est contraignant, mais ça évite des petites situations pas si graves, mais qui font perdre du temps. Et le temps, les mecs, c'est de l'argent.
Ma vie est vraiment pleine de subtilité.
*Ironie. [nda]
mardi 10 septembre 2013
Super Teacher se fait tester
Le collégien du mois de septembre part à la recherche des limites de chaque prof.
Telle une petite fouine, le collégien a une stratégie, certes inconsciente, mais profondément ancrée dans son ADN. Dès les premiers cours, il va chercher à savoir très vite dans quels cours il pourra s'amuser et dans lesquels il vaut mieux se tenir correctement.
Ainsi commence un doux combat entre le prof et sa classe. Le gagnant le sera pour toute l'année, voire pour toutes les années suivantes. Tu comprends, chéri-lecteur, que le prof a sacrément intérêt à bien jouer ses cartes.
Au départ, surtout, on n'imagine pas à quel point cela se joue sur de TOUS PETITS détails. Parfois, je repense à des réactions que j'ai eu et qui j'en suis sûre, m'ont plombée pour toute l'année avec une classe.
Quand tu fais ta rentrée dans un établissement où les élèves te connaissent déjà, c'est plus simple, tu as moins à faire tes preuves. Mais il n'empêche que les petites situations d'affrontement de début d'année sont toujours là avec certaines classes.
Heureusement, je me suis rendu compte à quel point je les gérais mieux qu'il y a deux ans (même si c'est loin d'être parfait...) et je comprenais mieux le fonctionnement d'une classe.
Mise en situation n°1:
Ce matin même, je fais mon cours, tout le monde écoute, puis au fond de la classe, j'entends un tchip. Moi, les tchip* dans ma classe, j'aime pas trop ça.
Alors je dis "Moi, les tchip dans ma classe, j'aime pas trop ça". Sans m'énerver, juste j'avertis. Histoire qu'on soit sur la même longueur d'onde, les mecs.
20 secondes après, j'entends un autre tchip. Tu vois le genre. Genre je me fous de ta gueule. Et là, chéri-lecteur, c'est exactement le type de situation où la classe entière (à travers le courage soudain d'un kéké) te teste et où énormément de choses peuvent se jouer.
Je sens littéralement la classe se tendre, entre rires nerveux retenus et angoisse de la part des sages (qui se sentent toujours plus coupables que les autres, étrangement).
Hé hé hé, je m'en fous, moi je sais comment vous faire stresser.
Donc, je me tais, l'oeil noir tel celui de la meuf qui rentre seule à 2h du mat sur la ligne 4 et qui a vraiment, vraiment pas envie qu'on vienne la faire chier. Je me lève lentement et me déploie de tout le long de mon mètre 35. Impressive, I know.
Et dans le silence de la classe fébrile, je commence à parler, doucement puis de plus en plus fort pour finir par tonner "J'espère que je viens bien de rêver, là. Qui est l'élève en train de se FICHER de moi ?" (je te jure, chéri lecteur, tu m'as jamais entendu tonner. Je tonne super bien, moi).
Les élèves que je soupçonne évidemment se rétrécissent et les sourires narquois s'effacent. Bingo. Le truc, c'est la colère froide. Moi, je kiff la colère froide. Parce que la colère vénère genre je fais un ulcère et si ça continue je fais caca par terre, bin les élèves, ça les impressionne une fois, puis après ça les fait marrer et ils font tout pour te faire tourner en bourrique et voir cette fameuse veine saillir sur ton front tout rouge. Je le sais, j'ai testé. (mais non, bordel, j'ai pas fait caca par terre, essayez de suivre un peu).
Mise en situation n°2 :
J'écris gentiment la leçon au tableau et je sens que derrière moi, ça commence à s'agiter. Normal, je ne leur en veux pas, ils essayent juste de voir comment ils vont pouvoir se comporter cette année et à quel moment ils peuvent se relaxer les maxillaires.
J'attends. Le bruit enfle.
Réaction normale de la part d'un prof débutant, c'est-à-dire de quelqu'un qui vient du vrai monde, le monde civilisé :
Je me retourne et je m'adresse à la classe entière. "Comment voulez-vous prendre le cours correctement si vous parlez, et blablabla, le silence, et bloubloublou, sinon j'efface tout et blébléblé". Bin oui, normal, tu fais comme si tu avais face à toi une assemblée d'adulte qui comprend les conséquences, qui ne veut pas te manquer de respect et qui a un peu d'empathie pour toi, le naze tout seul devant son tableau.
Malheureusement, même si je les aime très fort, souvent, les collégiens ont une bonne part de cruauté. L'empathie avec le prof, ils se la carrent au cul. Le respect dû à un semblable, hop, avec l'empathie, dans le cucul au fond à droite.
C'est pourquoi s'adresser à la classe entière et faire une leçon de morale, ça n'a en gros presque aucune chance de marcher (bon, je parle pour moi, of course... Je suis sûre que certains profs y arrivent très bien). Surtout que dans le lot, les trois quarts des élèves n'auront rien fait et se sentiront (avec raison) accusés à tort. Voilà qu'en 2 minutes, le prof se sera aussi mis à dos les élèves tranquilles, sans que les vrais relous n'aient reçu la moindre punition ou remarque.
Réaction de la part d'un prof qui a plus de 6 mois d'expérience et a appris de ses douloureuses erreurs :
Je me retourne et m'adresse à un, deux voire trois élèves que j'ai VRAIMENT entendu parler. Et je leur demande, sans crier, si je les dérange et s'ils veulent que leur amène une tasse de thé. Par contre, là, il faut bien jouer, c'est-à-dire rester très froid et distant, sinon tu peux être sûr que l'un d'entre eux va te répondre "Oui, merci bien !" pour faire rire la classe. Bon. Si tu as évité l'écueil classique de la tasse de thé, normalement, les élèves ont honte de s'être fait prendre la main dans le sac et un peu enchaîné par le prof. Ils se taisent et les autres aussi car ils n'ont pas envie d'être les suivants.
Conclusion : le début de l'année, moi, je trouve ça toujours un peu comparable à un combat silencieux avec certaines classes (une seule, pour l'instant). Je vois que j'ai déjà plus d'armes et mieux affutées qu'avant. Mais si j'ai gagné quelques batailles, je n'ai pas encore gagné la guerre !
*mais si, le tchip, tu sais, ce son qu'on fait en faisant la bouche de Donald Duck... Vas-y là, elle est où ta culture ghetto ?
Telle une petite fouine, le collégien a une stratégie, certes inconsciente, mais profondément ancrée dans son ADN. Dès les premiers cours, il va chercher à savoir très vite dans quels cours il pourra s'amuser et dans lesquels il vaut mieux se tenir correctement.Ainsi commence un doux combat entre le prof et sa classe. Le gagnant le sera pour toute l'année, voire pour toutes les années suivantes. Tu comprends, chéri-lecteur, que le prof a sacrément intérêt à bien jouer ses cartes.
Au départ, surtout, on n'imagine pas à quel point cela se joue sur de TOUS PETITS détails. Parfois, je repense à des réactions que j'ai eu et qui j'en suis sûre, m'ont plombée pour toute l'année avec une classe.
Quand tu fais ta rentrée dans un établissement où les élèves te connaissent déjà, c'est plus simple, tu as moins à faire tes preuves. Mais il n'empêche que les petites situations d'affrontement de début d'année sont toujours là avec certaines classes.
Heureusement, je me suis rendu compte à quel point je les gérais mieux qu'il y a deux ans (même si c'est loin d'être parfait...) et je comprenais mieux le fonctionnement d'une classe.
Mise en situation n°1:
Ce matin même, je fais mon cours, tout le monde écoute, puis au fond de la classe, j'entends un tchip. Moi, les tchip* dans ma classe, j'aime pas trop ça.
Alors je dis "Moi, les tchip dans ma classe, j'aime pas trop ça". Sans m'énerver, juste j'avertis. Histoire qu'on soit sur la même longueur d'onde, les mecs.
20 secondes après, j'entends un autre tchip. Tu vois le genre. Genre je me fous de ta gueule. Et là, chéri-lecteur, c'est exactement le type de situation où la classe entière (à travers le courage soudain d'un kéké) te teste et où énormément de choses peuvent se jouer.
Je sens littéralement la classe se tendre, entre rires nerveux retenus et angoisse de la part des sages (qui se sentent toujours plus coupables que les autres, étrangement).
Hé hé hé, je m'en fous, moi je sais comment vous faire stresser.
Donc, je me tais, l'oeil noir tel celui de la meuf qui rentre seule à 2h du mat sur la ligne 4 et qui a vraiment, vraiment pas envie qu'on vienne la faire chier. Je me lève lentement et me déploie de tout le long de mon mètre 35. Impressive, I know.
Et dans le silence de la classe fébrile, je commence à parler, doucement puis de plus en plus fort pour finir par tonner "J'espère que je viens bien de rêver, là. Qui est l'élève en train de se FICHER de moi ?" (je te jure, chéri lecteur, tu m'as jamais entendu tonner. Je tonne super bien, moi).
Les élèves que je soupçonne évidemment se rétrécissent et les sourires narquois s'effacent. Bingo. Le truc, c'est la colère froide. Moi, je kiff la colère froide. Parce que la colère vénère genre je fais un ulcère et si ça continue je fais caca par terre, bin les élèves, ça les impressionne une fois, puis après ça les fait marrer et ils font tout pour te faire tourner en bourrique et voir cette fameuse veine saillir sur ton front tout rouge. Je le sais, j'ai testé. (mais non, bordel, j'ai pas fait caca par terre, essayez de suivre un peu).
Mise en situation n°2 :
J'écris gentiment la leçon au tableau et je sens que derrière moi, ça commence à s'agiter. Normal, je ne leur en veux pas, ils essayent juste de voir comment ils vont pouvoir se comporter cette année et à quel moment ils peuvent se relaxer les maxillaires.
J'attends. Le bruit enfle.
Réaction normale de la part d'un prof débutant, c'est-à-dire de quelqu'un qui vient du vrai monde, le monde civilisé :
Je me retourne et je m'adresse à la classe entière. "Comment voulez-vous prendre le cours correctement si vous parlez, et blablabla, le silence, et bloubloublou, sinon j'efface tout et blébléblé". Bin oui, normal, tu fais comme si tu avais face à toi une assemblée d'adulte qui comprend les conséquences, qui ne veut pas te manquer de respect et qui a un peu d'empathie pour toi, le naze tout seul devant son tableau.
Malheureusement, même si je les aime très fort, souvent, les collégiens ont une bonne part de cruauté. L'empathie avec le prof, ils se la carrent au cul. Le respect dû à un semblable, hop, avec l'empathie, dans le cucul au fond à droite.
C'est pourquoi s'adresser à la classe entière et faire une leçon de morale, ça n'a en gros presque aucune chance de marcher (bon, je parle pour moi, of course... Je suis sûre que certains profs y arrivent très bien). Surtout que dans le lot, les trois quarts des élèves n'auront rien fait et se sentiront (avec raison) accusés à tort. Voilà qu'en 2 minutes, le prof se sera aussi mis à dos les élèves tranquilles, sans que les vrais relous n'aient reçu la moindre punition ou remarque.
Réaction de la part d'un prof qui a plus de 6 mois d'expérience et a appris de ses douloureuses erreurs :
Je me retourne et m'adresse à un, deux voire trois élèves que j'ai VRAIMENT entendu parler. Et je leur demande, sans crier, si je les dérange et s'ils veulent que leur amène une tasse de thé. Par contre, là, il faut bien jouer, c'est-à-dire rester très froid et distant, sinon tu peux être sûr que l'un d'entre eux va te répondre "Oui, merci bien !" pour faire rire la classe. Bon. Si tu as évité l'écueil classique de la tasse de thé, normalement, les élèves ont honte de s'être fait prendre la main dans le sac et un peu enchaîné par le prof. Ils se taisent et les autres aussi car ils n'ont pas envie d'être les suivants.
Conclusion : le début de l'année, moi, je trouve ça toujours un peu comparable à un combat silencieux avec certaines classes (une seule, pour l'instant). Je vois que j'ai déjà plus d'armes et mieux affutées qu'avant. Mais si j'ai gagné quelques batailles, je n'ai pas encore gagné la guerre !
*mais si, le tchip, tu sais, ce son qu'on fait en faisant la bouche de Donald Duck... Vas-y là, elle est où ta culture ghetto ?
dimanche 8 septembre 2013
Super Teacher et ses 24 enfants
C'est la rentrée, troisième édition ! Et oui, entre ses vacances, le prof travaille.
Et pour moi, c'est une grande rentrée, parce que pour la première fois, je retourne dans le même collège et je retrouve des bambins qui me connaitront déjà.
Grande question : vont-ils se dire qu'ils peuvent prendre leurs aises, tranquille-émile-genre-Superteacher-et-moi-on-a-élevé-les-cochons-ensemble, ou ne vont-ils pas ?
Mais surtout, surtout... cette année, je suis PP.
"Pépé ?", que tu te dis, lecteur.
"Non, PP. Prof principal, quoi".
Et ça, chéri-lecteur, c'est marrant.
Alors d'abord, les backstages. Après des vacances d'une durée sur laquelle je ne m'appesantirais pas parce tout le monde nous déteste déjà alors n'en rajoutons pas, les profs ont leur pré-rentrée. C'est à dire qu'on découvre nos classes, nos emplois du temps et les nouveaux collègues. Et puis on se retrouve.
"Alors tes vacances aux Seychelles, c'était sympa ?
"Ouais, génial, mais je trouve que la business classe devient beaucoup trop populaire..."
Bon, ok, ok, on est prof. En vrai, c'est plutôt :
"Alors, les vacances en Bretagne, pas trop de pluie ?"
"Boh, finalement, on est allé à la mer de sable."
"Oh non, j'ai Machin dans ma classe"
"Et bim ! Oh non, moi j'ai Truc."
"Et bim !"
"Non, mais attends, t'as vu cette réforme qu'ils veulent faire"
"Raaah, foutus politiques"
"Bien dit"
"Hé les mecs ! Demain, y a grève !"
(ce dernier échange n'est qu'un vulgaire cliché. On n'a même pas de délégué syndical dans mon collège, alors vous imaginez)
Alors, moi je suis PP de 4ème cette année. Oui, le niveau où les centres d'intérêt principaux c'est Secret Story, Les Ch'tits à Ibiza, l'acné et les kebabs (les deux derniers étant sans aucun doute reliés).
La liste d'élève a l'air assez prometteuse. 15 élèves que je connais sur les 24 et beaucoup de bichons-chouchous venus de ma classe préférée de l'an dernier.
Le mercredi, je vais les chercher dans la cours pour leur premier jour d'école.
"Super Teacher !" qu'ils crient en choeur, faisant une ola et enchainant des saltos et pyramides humaines en mon honneur. Si, je te jure c'est vrai.
Puis arrivés en classe, comme d'hab, je fais mon topo mêlant coup de pression ("Je ne VEUX PAS que des profs aient à se plaindre de vous cette année, c'est bien clair ?") (on y croit ! on y croit !) et coaching intensif ("Je ferais mon maximum pour essayer de vous intéresser et je compte sur vous pour faire vivre mon cours") (mon dieu, qu'elle est cucul, tu te dis. Oui, je trouve aussi, mais ils ont 13 ans, alors leur notion du cucul est vachement plus aléatoire).
Je suis allée jusqu'à leur dire que cette année, j'étais un peu comme leur maman au collège... Je crois que j'ai pété un câble à un certain moment, ce matin-là.
Quand même, tu sens que quand tu es prof principale, tu as une sorte d'ascendant sur eux assez spécial. Je pense que même les kékés savent qu'il ne faut pas se mettre le PP à dos. Et des kékés, j'en ai ! Mais tu sais que les kékés, moi j'aime ça. Je n'avais jamais autant écrit le mot kéké avant.
Bon, mais plus sérieusement, pour l'instant, PP ça veut surtout dire passer un temps fou à classer et récupérer des papiers. Vu mon talent inné pour l'organisation, je sens que la vie scolaire et l'administration vont me kiffer...
Grande question : vont-ils se dire qu'ils peuvent prendre leurs aises, tranquille-émile-genre-Superteacher-et-moi-on-a-élevé-les-cochons-ensemble, ou ne vont-ils pas ?
Mais surtout, surtout... cette année, je suis PP.
"Pépé ?", que tu te dis, lecteur.
"Non, PP. Prof principal, quoi".
Et ça, chéri-lecteur, c'est marrant.
Alors d'abord, les backstages. Après des vacances d'une durée sur laquelle je ne m'appesantirais pas parce tout le monde nous déteste déjà alors n'en rajoutons pas, les profs ont leur pré-rentrée. C'est à dire qu'on découvre nos classes, nos emplois du temps et les nouveaux collègues. Et puis on se retrouve.
"Alors tes vacances aux Seychelles, c'était sympa ?
"Ouais, génial, mais je trouve que la business classe devient beaucoup trop populaire..."
Bon, ok, ok, on est prof. En vrai, c'est plutôt :
"Alors, les vacances en Bretagne, pas trop de pluie ?"
"Boh, finalement, on est allé à la mer de sable."
"Oh non, j'ai Machin dans ma classe"
"Et bim ! Oh non, moi j'ai Truc."
"Et bim !"
"Non, mais attends, t'as vu cette réforme qu'ils veulent faire"
"Raaah, foutus politiques"
"Bien dit"
"Hé les mecs ! Demain, y a grève !"
(ce dernier échange n'est qu'un vulgaire cliché. On n'a même pas de délégué syndical dans mon collège, alors vous imaginez)
Alors, moi je suis PP de 4ème cette année. Oui, le niveau où les centres d'intérêt principaux c'est Secret Story, Les Ch'tits à Ibiza, l'acné et les kebabs (les deux derniers étant sans aucun doute reliés).
La liste d'élève a l'air assez prometteuse. 15 élèves que je connais sur les 24 et beaucoup de bichons-chouchous venus de ma classe préférée de l'an dernier.
Le mercredi, je vais les chercher dans la cours pour leur premier jour d'école.
"Super Teacher !" qu'ils crient en choeur, faisant une ola et enchainant des saltos et pyramides humaines en mon honneur. Si, je te jure c'est vrai.
Puis arrivés en classe, comme d'hab, je fais mon topo mêlant coup de pression ("Je ne VEUX PAS que des profs aient à se plaindre de vous cette année, c'est bien clair ?") (on y croit ! on y croit !) et coaching intensif ("Je ferais mon maximum pour essayer de vous intéresser et je compte sur vous pour faire vivre mon cours") (mon dieu, qu'elle est cucul, tu te dis. Oui, je trouve aussi, mais ils ont 13 ans, alors leur notion du cucul est vachement plus aléatoire).
Je suis allée jusqu'à leur dire que cette année, j'étais un peu comme leur maman au collège... Je crois que j'ai pété un câble à un certain moment, ce matin-là.
Quand même, tu sens que quand tu es prof principale, tu as une sorte d'ascendant sur eux assez spécial. Je pense que même les kékés savent qu'il ne faut pas se mettre le PP à dos. Et des kékés, j'en ai ! Mais tu sais que les kékés, moi j'aime ça. Je n'avais jamais autant écrit le mot kéké avant.
Bon, mais plus sérieusement, pour l'instant, PP ça veut surtout dire passer un temps fou à classer et récupérer des papiers. Vu mon talent inné pour l'organisation, je sens que la vie scolaire et l'administration vont me kiffer...
mercredi 24 avril 2013
Super Teacher et les-mots-qui-font-forcément-rire-les-élèves-et-que-ça-me-donne-envie-de-les-calmer-vite-fait-bien-fait
| je croyais pas taper "vieux roumain" dans ma barre de recherche un jour |
Tu le sais, chouchou lecteur, j'adore mes élèves. Je les trouve croquignollets comme tout. Mais il y a des fois où je suis pas fan-fan. Genre, quand ils rigolent SYSTEMATIQUEMENT à certains mots. Non, vraiment, avant même de les prononcer, je sais qui va rire, dans quelle classe et pourquoi. Et ça m'agace gravos. Surtout, tu serais étonné de savoir de quels mots il s'agit.
Exemple :
Là, demain, en cours avec mes troisièmes, je vais parler de la Roumanie. Et je vois déjà mes trois kékés au premier rang se regarder discrètement et ricaner entre eux au moment où je vais prononcer le mot "roumain".
L'autre mot qui marche bien, c'est "Portugal". Pourquoi ? Parce que 50 % de mes élèves sont Portugais et qu'ils se vannent entre eux sur leurs origines. Ha ha. Très drôle.
Ça a le don de m'énerver. C'est pas drôle. Portugal. Roumanie. Putain, heureusement que Gad Elmaleh a pas parié sur ces blagues là pour faire son succès.
Alors, j'avoue que je réagis un peu comme une gamine de 12 ans quand j'entends ça. La première fois qu'un élève rigole bêtement à un nom de pays, je vagis "Geuuuh, c'est drôle, j'ai 14 ans et je rigole quand j'entend le mot roumain". En général, ça calme vite. Le reste de la classe prend ses grands airs genre "Ouais, c'est clair, trop des gamins, pffff". Et hop, c'est réglé.
Après, ils ont la décence de ricaner discrètement quand j'ai le dos tourné (les gloires des profs sont toujours semi-complètes).
Bon, parfois, c'est vrai, je cherche un peu, il faut dire. Genre quand je parle de diarrhée* à mes cinquièmes. Ou de préservatifs (ce qui implicitement, reviens à parler de zizis et de zézéttes). Mais étonnamment, ils réagissent de façon beaucoup plus mature que les plus grands. Et si ils rient, c'est plutôt du "hi hi hi" que du "beuhahahahohhohuhah".
Bref. Si toi aussi, dans ton métier, il y a des mots tabous étonnants, fais tourner.
* non, je ne leur parle pas de ma digestion difficile de la semaine dernière après cette orgie de sashimis pas frais. Mais j'explique seulement que la diarrhée tue encore dans certaines régions du monde. La diarrhée m'a tuer.
mardi 9 avril 2013
Super Teacher et son top 5
Top 5 des cours que les élèves adorent :
- l'esclavage, parce c'est injuste et dégueulasse
- les discriminations, parce que c'est injuste, dégueulasse et pas très gentil
- le génocide nazi, parce que c'est injuste, dégueulasse et en plus, c'est vraiment raciste
- les risques (séismes, tremblement de terre...), parce que tout le monde meurt et ça casse tout
- la Révolution française, parce qu'on coupe pas mal de têtes et qu'on les plante parfois sur des piquets.
Moralité : à l'adolescence, on n'aime pas l'injustice. Mais le gore, ça va.
Top 3 des cours qui saoulent les élèves :
- les institutions de la Vème République. Je me passe de commentaires.
- les régimes politiques au XIXème siècle, parce que what the fuck, les mecs ? Sérieusement ? 5 régimes différents en moins de 80 ans ? Galère à apprendre.
- l'identité personnelle, parce que ça va, on a déjà vu une carte d'identité.
Et là, je te jure, tu déploies 5 fois plus d'énergie pour les intéresser, à coup d'anecdotes pourries ("Et vous vous rappelez Chirac, mangez des pommes ? Jospin, mangez du pain ?*"), de mimes ("Et là, les Parisiens construisent des barricades... boum ! bim ! crac ! ouille !") et de voix convaincue ("Vous vous rendez compte, un peu ?! Vous avez TOUS un numéro d'identité rien qu'à vous")
Et même que parfois, ça marche.
*je viens de réaliser, en faisant quelques recherches dans un souci constant de vérité, que personne n'a jamais dit "Jospin, mangez du pain". Je pense qu'on le faisait juste dans mon école primaire. J'ai honte.
- l'esclavage, parce c'est injuste et dégueulasse
- les discriminations, parce que c'est injuste, dégueulasse et pas très gentil
- le génocide nazi, parce que c'est injuste, dégueulasse et en plus, c'est vraiment raciste
- les risques (séismes, tremblement de terre...), parce que tout le monde meurt et ça casse tout
- la Révolution française, parce qu'on coupe pas mal de têtes et qu'on les plante parfois sur des piquets.
Moralité : à l'adolescence, on n'aime pas l'injustice. Mais le gore, ça va.
Top 3 des cours qui saoulent les élèves :
- les institutions de la Vème République. Je me passe de commentaires.
- les régimes politiques au XIXème siècle, parce que what the fuck, les mecs ? Sérieusement ? 5 régimes différents en moins de 80 ans ? Galère à apprendre.
- l'identité personnelle, parce que ça va, on a déjà vu une carte d'identité.
Et même que parfois, ça marche.
*je viens de réaliser, en faisant quelques recherches dans un souci constant de vérité, que personne n'a jamais dit "Jospin, mangez du pain". Je pense qu'on le faisait juste dans mon école primaire. J'ai honte.
lundi 25 mars 2013
Super Teacher est une rideuse à deux euros
Allo, quoi... T'es une prof et tu fais du snowboard ? Non, mais allo quoi... C'est comme si je disais t'es une prof et t'as une vie... Allo, quoi...
Je suis une prof surpayée et toujours en vacances, alors forcément, comme je me suis embourgeoisé et tout ça, je suis partie au ski.
Mais, restant toujours fidèle à moi même et à mes plans-de-merde-mais-que-quand-même-c'est-un-peu-drôle, je me suis cassé le poignet. Certes, ça arrive. Mais le premier jour, c'est déjà moins fréquent. Certes, ça arrive aussi. Mais la première heure, c'est déjà moins fréquent. Ah, sauf avec moi. BIM-les vacances à la neige tombent à l'eau (t'as vu, le jeu de mot sur la neige qui fond et se transforme en eau).
Bon, tant pis, on relativise, j'en connais qui se sont cassés les deux poignets d'un coup et là, tu peux dire au revoir à ton autonomie. Salut Maman, je reviens vivre chez toi pour deux mois !
Toujours est-il que, tu t'en doutes, j'ai fait sensation au collège. Je pensais qu'ils seraient hyper choqués de m'imaginer sur un snow. Pas tellement en fait. Genre quand je leur ai dis que je m'étais fait mal en faisant un double backflip, ils m'ont cru, ça leur semblait possible. Naïfs.
Mais ce qui a marqué certains, c'est surtout de me voir diminuée. Une de mes élèves m'a dit "Olala, Madame, comment j'aime pas vous voir comme ça, c'est trop bizarre".
Bin, ouais, t'as vu, je suis l'autorité, l'adulte référent, j'incarne la force et la solidité. Oui, moi. Et là, je sais que plusieurs d'entre vous ont du mal à imaginer, car ils me revoient en train de faire des choses stupides, saoule comme une barrique (Maman, je sais que tu lis mon blog, j'ai dis ça pour plaire à mes lecteurs, je ne bois pas ! Jamais ! Je t'aime !).
Le premier problème logistique est que je ne peux plus distribuer les feuilles. Je n'aurais pas pu rendre mes élèves plus heureux. (oui, leur quotidien est assez morne, ils se battent pour l'égayer en distribuant les polycops pendant les cours).
Le deuxième est qu'un soir, j'ai laissé tagguer mon plâtre. Vous en avez un petit détail dans l'image ci-contre, ce message m'ayant beaucoup fait rire. Je dois donc porter une vieille chaussette par dessus pour garder une once de crédibilité. Sexy !
Aussi, je me suis acheté des baskets à scratch parce que je ne peux plus faire mes lacets et que je dois aller bosser à pied. Le vélo à un bras, je le sens pas. Du coup, je fais un max de sport. Dans 3 semaines, une photo de mes fesses musclées en exclusivité !*
Voilà. C'était Vis ma vie de plâtrée.
* (c'est pas vrai)
Je suis une prof surpayée et toujours en vacances, alors forcément, comme je me suis embourgeoisé et tout ça, je suis partie au ski.
Mais, restant toujours fidèle à moi même et à mes plans-de-merde-mais-que-quand-même-c'est-un-peu-drôle, je me suis cassé le poignet. Certes, ça arrive. Mais le premier jour, c'est déjà moins fréquent. Certes, ça arrive aussi. Mais la première heure, c'est déjà moins fréquent. Ah, sauf avec moi. BIM-les vacances à la neige tombent à l'eau (t'as vu, le jeu de mot sur la neige qui fond et se transforme en eau).
Bon, tant pis, on relativise, j'en connais qui se sont cassés les deux poignets d'un coup et là, tu peux dire au revoir à ton autonomie. Salut Maman, je reviens vivre chez toi pour deux mois !
Toujours est-il que, tu t'en doutes, j'ai fait sensation au collège. Je pensais qu'ils seraient hyper choqués de m'imaginer sur un snow. Pas tellement en fait. Genre quand je leur ai dis que je m'étais fait mal en faisant un double backflip, ils m'ont cru, ça leur semblait possible. Naïfs.
Mais ce qui a marqué certains, c'est surtout de me voir diminuée. Une de mes élèves m'a dit "Olala, Madame, comment j'aime pas vous voir comme ça, c'est trop bizarre".
Bin, ouais, t'as vu, je suis l'autorité, l'adulte référent, j'incarne la force et la solidité. Oui, moi. Et là, je sais que plusieurs d'entre vous ont du mal à imaginer, car ils me revoient en train de faire des choses stupides, saoule comme une barrique (Maman, je sais que tu lis mon blog, j'ai dis ça pour plaire à mes lecteurs, je ne bois pas ! Jamais ! Je t'aime !).
| Pas de bras... |
Le premier problème logistique est que je ne peux plus distribuer les feuilles. Je n'aurais pas pu rendre mes élèves plus heureux. (oui, leur quotidien est assez morne, ils se battent pour l'égayer en distribuant les polycops pendant les cours).
Le deuxième est qu'un soir, j'ai laissé tagguer mon plâtre. Vous en avez un petit détail dans l'image ci-contre, ce message m'ayant beaucoup fait rire. Je dois donc porter une vieille chaussette par dessus pour garder une once de crédibilité. Sexy !
Aussi, je me suis acheté des baskets à scratch parce que je ne peux plus faire mes lacets et que je dois aller bosser à pied. Le vélo à un bras, je le sens pas. Du coup, je fais un max de sport. Dans 3 semaines, une photo de mes fesses musclées en exclusivité !*
Voilà. C'était Vis ma vie de plâtrée.
* (c'est pas vrai)
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