jeudi 22 novembre 2012

Super Teacher a une vie en dehors du collège (2ème partie)

Dans la série "What the fuck, mon prof n'est pas un androïde qui ne vit que dans l'enceinte du collège".

J'adore ces moments un peu décalés où les élèves effleurent l'idée que je ne suis pas qu'une prof. Moi, ça me fait sortir pendant quelques secondes de ma schizophrénie habituelle et je me retrouve face à eux dans ma version normale, comme découverte, mise à nue devant ma classe.

Si, si, je te jure, lecteur, je me sens à oilpé psychologiquement dans ces moments.

Dernièrement, j'ai parlé de l'identité virtuelle et des risques de donner trop d'informations à des inconnus sur le net. Donc, j'ai voulu donner quelques exemples de trucs où l'on pouvait se créer une fausse identité pour ses loisirs.

J'ai cité "World of Warcraft".

Au premier rang, j'ai vu la bouche d'un élève un peu glandeur s'ouvrir et rester figée.
Puis il a murmuré "Je suis choqué".
"What is the problem, Petit Poulet ?" que je lui dis.

Le pauvre petit était purement retourné par l'idée que je puisse connaître WoW (genre je mets que les initiales et tout, t'as vu). J'ai vu dans les yeux de certains comme un malaise. Peut-être étaient-ils en train de se demander si on avaient déjà fait partie de la même guilde.*

Alors, dans un élan désespéré, la classe m'a demandé si je connaissais Facebook.

J'avais envie de gueuler "Mais c'est moi qui l'ai inventé Facebook, mon pote !! J'ai appris à marcher avec un tutorial Youtube, moi ! T'étais même pas né que j'avais déjà un blog ! Je surfais sur le net quand ça faisait encore un bruit de numérotation téléphonique !"


* pour info, petit lecteur, en réalité, je n'y connais pas grand chose. J'ai même du aller sur Wikipedia pour vérifier ce que voulait dire guilde.


dimanche 18 novembre 2012

Super Teacher et Petite Loutre

J'admire le caractère des adolescents.

J'ai une élève de quatrième que nous appellerons Petite Loutre pour les besoins de l'histoire et pour préserver son anonymat. Petite Loutre, depuis le début de l'année, est en mode rébellion.
Genre quand elle rentre en classe, quand un prof lui parle, quand elle sort son cahier, tout son être crie "Je vous emmerde, la vie c'est nul, mais surtout, surtout, tous les profs sont des connards".
Toi aussi derrière ton écran, tu es en train de dire
"c'est tropppp mignooooooon les louuuuutres" ?
Je croyais que Petite Loutre détestait seulement l'Histoire et moi. Du coup, je n'aimais pas tant que ça Petite Loutre, que je trouvais fort antipathique. Mais en parlant avec les autres professeurs, j'ai réalisé qu'elle rendait systématiquement copie blanche dans presque toutes les matières et faisait la gueule H24 (comme disent les jeunes trentenaires à la mode). Alors, j'en ai conclu que Petite Loutre était simplement en pleine crise existentielle. Rassurant, dans un sens.

Seulement voilà. Super Teacher est tellement super qu'elle fait maintenant de l'aide au devoirs pour tous les Petits Canards du collège qui y sont inscrits. Et Petite Loutre is in da place !
Petite Loutre étant du signe astrologique Petite Fouine, elle essayait de ne pas travailler. Retroussant mes manches, j'attrape Petite Loutre par la fourrure et elle et moi, on va travailler dans un coin sa leçon (de math ! ah, mes aïeux).
Séquence surprise. J'ai découvert une Petite Loutre gentille et timide, manquant de confiance en elle et prête à travailler.

Et le lendemain, en plein cours, devant toute la classe, Petite Loutre qui n'a jamais pris la parole une seule fois, lève la main et demande
"Madame, vous êtes à l'aide aux devoirs ce soir ?"
"Non, sorry ma caille" (of course, je n'ai pas dit ça, mais c'est l'idée)
"Ooooh non"

Soudainement, Petite Loutre m'aimait.
Faites une recherche Google "Heidi". Elle
a ce même sourire crispé sur toutes les photos,
c'est effrayant.
Petite Loutre a même travaillé !

Toute cette histoire façon "Heidi cueille des petites fleurs dans la prairie" pour en conclure que la plupart des élèves en échec, sur la défensive, désagréables, sont souvent juste des
élèves qui ont des difficultés scolaires qu'ils n'arrivent plus à dépasser et qui ont juste parfois besoin d'un tout petit signe de rien du tout, de voir qu'on les a vu et qu'on veut travailler avec eux. Au moins un peu.

Pour en conclure aussi que dans le flot d'élèves, dans la dynamique d'un cours, dans le stress du travail à faire, il est très facile d'oublier que derrière chaque élève chiant se cache bien souvent un élève qui aimerait y arriver.  On en vient à se dire "Il me saoule celui-là à rien faire ; s'il ne veut pas faire un effort, je suis pas mère Thérésa, démerde-toi."

Merci Petite Loutre de me l'avoir rappelé.

dimanche 11 novembre 2012

Super Teacher s'apologize

Biquet lecteur, tu m'en veux.

Tel un élève me regardant pendant un contrôle pour voir si j'aurai pas les réponses collées sur le nez (il est assez grand, diront les putes parmi vous), tu attendais avidement un article. Non ! N'ai pas honte. Je le sais. Chuuut. Je le sais. Tout ira bien.

Ma voiture d'amûr
Mais tu sais, j'ai eu beaucoup de travail. Et puis aussi, après je suis partie en vacances et j'ai failli mourir sur l'autoroute après avoir ramassé en toute naïveté-je-le-jure des filles de joie. Et puis, je suis restée bloquée 3 jours dans la banlieue de Limoges le temps qu'on répare ma voiture.

Alors, j'espère qu'il n'y a pas de Limougeaud parmi mes innombrables fans (on appelle ça la méthode Coué : on m'aime, on m'aime, on m'aime), parce que je ne voudrais pas les offenser mais Limoges, c'est LA MORT quand même. Genre over-déprimant.

Bref, tout ça pour t'expliquer que mes vacances, c'était un peu de la merde. Et que du coup, j'ai du rattraper mon retard de travail et que comme d'habitude, je me retrouve à tout faire au dernier moment. Comme une grosse quichasse. Et c'est là que je me déçois moi-même : je n'ai pas profité des vacances pour recharger correctement mes batteries et retrouver avec passion mes bambins. Et ça, c'est un peu nul.

Bon, mais pour que cette situation malheureuse de panne bloguesque ne se reproduise pas...
Je promets solennellement que désormais, si je ne tiens pas le rythme d'un article par semaine, tu auras le droit de venir dans un de mes cours pour montrer à mes élèves des photos de moi faisant de la merde. Genre Super Teacher fait une tequila-paf / Super Teacher a des prostituées dans sa voiture / Super Teacher danse sur Gangnam Style / Super Teacher et son jogging de clocharde / Super Teacher essaye de faire du surf et se vautre la gueule. (c'est vachement mieux que la série des Martine, je trouve)

I the promess solennely that now, if I write not of the every week, you have right to come in the class of me, to show my pupils the picture of the Super Teacher doing the shit. (toi aussi, tu kiff mon anglais ? )


lundi 8 octobre 2012

Super Teacher est en octobre

Alors que certains célèbrent le mois d'octobre en s'enquillant des litres de bières, le prof, lui, se demande s'il tiendra jusqu'aux prochaines vacances.

Vous l'avez compris, ma rentrée a été plutôt positive. Mois de septembre heureux, je gambadais dans ma banvince, semant à la ronde le savoir.

Mais voilà, le creux d'octobre est arrivé.
Et lecteur, tu dois savoir une chose. Il y a une grande différence entre les enfants et les adultes, c'est la réaction face à la fatigue.
L'enfant (adolescent) va être fatigué mais il ne le saura pas. Traduction : excitation, énervement, agitation.
L'adulte va être fatigué et il le saura, oooooh oui, il le saura. Traduction : mouduku, mouduku, mouduku.

Conclusion de cette équation* : l'ambiance en cours est quand même vachement moins cool raoul ma poule. Les copies s'entassent, les préparations de cours s'enchainent de plus en plus vite.

J'ai décidé de faire cet article quand j'ai regardé mes collègues et mon reflet dans le miroir avec attention. Le prof est physiquement marqué par le retour de bâton de la rentrée ; l'un a une blessure sous l'oeil, l'autre a des cernes de trois pieds de long, le troisième a oublié de se raser, le quatrième a des bleus aux mollets et moi-même j'ai des égratignures sur les avant-bras dont je ne connais absolument pas la provenance. (mutilation dans mon sommeil pendant que je rêve du prochain tas de copies, peut-être).

Attention lecteurs, malgré la nouvelle tendance automne-hiver 2012 du prof qui se fait frapper par les parents, je ne suis pas en train de dire que ces marques sont le douloureux souvenir d'un passage à tabac. Non, juste une petite fragilité passagère.

Alors, je vais être honnête, lecteurs. Il y a des classes (deux pour être précise) que j'ai un peu prises en grippe parce l'ambiance y est toute pourrie. Oui, Super Teacher aussi a ses faiblesses. Mais, je promets que je vais essayer d'arranger ça parce je l'avais déjà dit et je le répète : je crois que c'est le prof qui fait la pluie et le beau temps dans sa classe. (et en parlant de pluie, après 5 ans dans le Sud, je vous jure je souffre)

Pour finir sur une note positive : ma troisième et moi, c'est toujours l'amour. Et j'ai aussi une classe de cinquième trop mignonne. ( fin de cours : "Madame, Madame, on sait que vous allez être un peu influencée par vos origines, mais c'est qui les meilleurs entre les Turcs et les Algériens, honnêtement ?")

Bon, je vous laisse, il est 20h mais j'ai un cours à finir. Aïe.


* ça vaaa, je sais que ça n'a rien d'une équation. Mais je suis pas prof de math. Euh de physique ? de bio ? merde.

mercredi 26 septembre 2012

Super Teacher se déguise

Petite billet mode pour aujourd'hui. 

Le prof doit s'habiller. 
Déjà parce qu'arriver à poil au bahut, c'est nul. 
Mais aussi parce que malgré tout, l'habit fait un peu le moine quand même. Et puis, comme j'ai bien appris mes leçons, je suis un fonctionnaire de l'Etat, je représente la République-aux-armes-citoyens-formez-vos-bataillons et je peux pas arriver en sac de patate devant ces pauvres âmes influençables. En plus, avec mon charisme naturel, ils arriveraient tous le lendemain avec des sacs de patate sur le dos. 

Je ris, je ris, mais au fond, je suis d'accord. Je ne veux pas m'habiller comme tous les jours. 

Alors, je me déguise. Double-personnalité, le retour !
Petit tour d'horizon de mon déguisement. 


LE cartable que sans lui je suis perdue. La seule chose qui me différenciait des lycéennes l'an dernier. 
Je t'aime, amour. 















Les pompasses à talonnasse que grâce à elles je dépasse mes cinquièmes. 
Un brin cuir et latex, je sais. 
 Un rouge à lèvres qui m'a coûté la peau du cul. Sauf que je sais pas le mettre sans ressembler à Bozo-le-clown alors en fait, je le mets pas. 

Pantalon à pince. Noir. Pas drôle. Sévère. Fait un gros paquet anti-sexy au niveau du popotin comme ça ils mattent pas mes fesses quand je passe dans les rangs. Non, parce que mes jeans de pouffiasse, ils laissent rien passer. 

lundi 24 septembre 2012

Superteacher passe le brevet

Cette année, je passe le brevet. En tout cas, c'est comme ça que je le vis. 

Vous voyez, cher lectorat oh combien adoré, pour la première fois, j'ai une classe de troisième et j'en suis ravie. Je les aimais avant même de les avoir rencontré (c'est risqué, me direz-vous).
Autant vous dire que le jour de la rentrée, ça a été séance de coaching avec eux.

À peine si j'étais pas déguisée en pom-pom girl criant "ALLEZ LES 3 C ! ALLEZ LES 3 C ! VOUS AUREZ VOTRE BREVET !" tout en faisant un backflip de derrière les fagots.*

Je leur ai bien fait comprendre qu'il fallait bien sûr qu'ils bossent pour eux, leur avenir, blablabla-parle-à-mon-cul-ma-tête-est-malade, mais surtout que c'était mon honneur de prof qui était en jeu. Ok, les mecs ? Si vous vous foirez, c'est la honte sur MA famille et toute MA descendance.

Bref. Il se trouve qu'en plus de ça, la classe est super kiffante. Genre, ils me posent des questions sur les grands ensembles et les problèmes sociaux en banlieue. Ils ont trouvé mon péché mignon, les fourbes.

Et il y a quelques jours, ils ont eu leur premier contrôle. Mon coaching a visiblement marché parce qu'en allant les chercher dans la cours, ils avaient tous leurs cahiers ouverts ou des fiches à la main pour réviser. En montant les escaliers, ils révisaient encore, l'air angoissé.

Pendant toute l'heure, j'ai vu leurs petites faces prépubères déformées par l'effort intellectuel. L'une des élèves m'a carrément fait un spectacle de grimace tellement qu'elle réfléchissait. Elle avait les sourcils froncés, la bouche pincée, le menton baissé. Du coup, un autre élève m'a regardé bizarrement parce que je souriais en les surveillant. Du coup, j'ai arrêté de sourire. Du coup, lui aussi.

En récupérant les copies, la fameuse élève grimaçante m'a tendu la sienne et m'a dit avec un grand sourire "C'est la première fois que je réussis".

Franchement. Est-ce que ce n'est pas trop - mignon - sérieux ? (oui, lecteur, tu dois lire cette phrase en faisant un stop à chaque mot et en prenant une voix de pouffe).

Donc, j'ai une année pour les amener lentement mais sûrement vers cette épreuve finale. Autant dire que le débat pour moi n'est pas de savoir si le brevet c'est bien ou pas, si ça sert à quelque chose ou pas. À la limite, je m'en fous.
Je veux juste qu'ils y croient et qu'ils essayent de faire de leur mieux. Et finalement, je me demande si c'est pas le plus important dans cette affaire.
Donc c'est parti pour une année "méthode Coué":

Allez les 3 C ! On va tous les niquer ! On l'fera les doigts dans l'nez ! Hitler, Staline ou Pépé**, ces gros bâtards on les connait ! Nik sa mère la guerre de Corée !

*À l'origine, au XVIIIe siècle, l'expression "de derrière les fagots" s'appliquait au vin, celui qu'on remontait de la cave où il avait été soigneusement conservé, caché derrière les fagots de bois stockés pour l'hiver, car il était de meilleure qualité. 
** Pétain. C'était pour la rime. 

mercredi 19 septembre 2012

Superteacher pas contente

Cette année, j'ai la chance d'être dans un établissement très différente de celui de l'an dernier. Donc, je peux comparer.

D'une énorme cité scolaire, je passe à un tout petit collège.
D'un collège de centre-ville chic, je passe à un établissement ZEP.
D'un public plutôt favorisé, je passe à un public qui l'est nettement moins.

Je rappelle que le label ZEP a été créé pour pallier à une inégalité de base : on injecte plus de moyens dans les établissements où les élèves ont moins de chances de leur côté pour compenser tout ça : effectifs plus petits, équipements plus facile à acheter...

Mais là, du coup, y a un truc que je comprends pas. Pourquoi cette année, dans ma ZEP, nous n'avons qu'un ordi tournant sous Windows 98 pour les 30 profs ? Pourquoi est-ce si difficile pour les autres enseignants d'obtenir un simple vidéoprojecteur dans leur salle ? Pourquoi faut-il prévoir ses photocops 24h à l'avance pour éviter de trop utiliser la machine de la salle des profs car elle coûte trop cher en encre ?

Pourquoi dans mon bahut de l'an dernier il y avait des tableaux numériques dans toutes les salles fraichement repeintes ? Pourquoi il y avait des panneaux solaires derniers cri surplombant une cour de récré dans un cloître ? Pourquoi dans la salle des profs il y a avait des super salles de travail munies d'ordi fonctionnant hyper vite et deux photocopieuses dernier cri tournant à plein régime ?

Pourquoi le brave et noble contribuable doit-il financer ce genre de travaux quand il y en a tellement plus besoin ailleurs ? (oh, l'argument du brave contribuable, ça devrait faire son effet quand même)

J'ai du mal à comprendre pourquoi dans un collège où les élèves ont réellement besoin du soutien constant de l'école, il n'y a visiblement aucun moyen financier, alors même que des dispositifs ont été mis en oeuvre pour ça.

Le truc qui me rassure, c'est que l'équipe a l'air super motivée et dynamique.
Mais quand même, c'est mettre des bâtons dans les roues aux profs, même si ça peut avoir l'air de détails techniques.

J'ai un peu envie de crier "VAZY LA C'EST DÉGUEULASSE"

Et oh, t'as cru t'allais rire tous les jours sur mon blog ou quoi.