mercredi 26 septembre 2012

Super Teacher se déguise

Petite billet mode pour aujourd'hui. 

Le prof doit s'habiller. 
Déjà parce qu'arriver à poil au bahut, c'est nul. 
Mais aussi parce que malgré tout, l'habit fait un peu le moine quand même. Et puis, comme j'ai bien appris mes leçons, je suis un fonctionnaire de l'Etat, je représente la République-aux-armes-citoyens-formez-vos-bataillons et je peux pas arriver en sac de patate devant ces pauvres âmes influençables. En plus, avec mon charisme naturel, ils arriveraient tous le lendemain avec des sacs de patate sur le dos. 

Je ris, je ris, mais au fond, je suis d'accord. Je ne veux pas m'habiller comme tous les jours. 

Alors, je me déguise. Double-personnalité, le retour !
Petit tour d'horizon de mon déguisement. 


LE cartable que sans lui je suis perdue. La seule chose qui me différenciait des lycéennes l'an dernier. 
Je t'aime, amour. 















Les pompasses à talonnasse que grâce à elles je dépasse mes cinquièmes. 
Un brin cuir et latex, je sais. 
 Un rouge à lèvres qui m'a coûté la peau du cul. Sauf que je sais pas le mettre sans ressembler à Bozo-le-clown alors en fait, je le mets pas. 

Pantalon à pince. Noir. Pas drôle. Sévère. Fait un gros paquet anti-sexy au niveau du popotin comme ça ils mattent pas mes fesses quand je passe dans les rangs. Non, parce que mes jeans de pouffiasse, ils laissent rien passer. 

lundi 24 septembre 2012

Superteacher passe le brevet

Cette année, je passe le brevet. En tout cas, c'est comme ça que je le vis. 

Vous voyez, cher lectorat oh combien adoré, pour la première fois, j'ai une classe de troisième et j'en suis ravie. Je les aimais avant même de les avoir rencontré (c'est risqué, me direz-vous).
Autant vous dire que le jour de la rentrée, ça a été séance de coaching avec eux.

À peine si j'étais pas déguisée en pom-pom girl criant "ALLEZ LES 3 C ! ALLEZ LES 3 C ! VOUS AUREZ VOTRE BREVET !" tout en faisant un backflip de derrière les fagots.*

Je leur ai bien fait comprendre qu'il fallait bien sûr qu'ils bossent pour eux, leur avenir, blablabla-parle-à-mon-cul-ma-tête-est-malade, mais surtout que c'était mon honneur de prof qui était en jeu. Ok, les mecs ? Si vous vous foirez, c'est la honte sur MA famille et toute MA descendance.

Bref. Il se trouve qu'en plus de ça, la classe est super kiffante. Genre, ils me posent des questions sur les grands ensembles et les problèmes sociaux en banlieue. Ils ont trouvé mon péché mignon, les fourbes.

Et il y a quelques jours, ils ont eu leur premier contrôle. Mon coaching a visiblement marché parce qu'en allant les chercher dans la cours, ils avaient tous leurs cahiers ouverts ou des fiches à la main pour réviser. En montant les escaliers, ils révisaient encore, l'air angoissé.

Pendant toute l'heure, j'ai vu leurs petites faces prépubères déformées par l'effort intellectuel. L'une des élèves m'a carrément fait un spectacle de grimace tellement qu'elle réfléchissait. Elle avait les sourcils froncés, la bouche pincée, le menton baissé. Du coup, un autre élève m'a regardé bizarrement parce que je souriais en les surveillant. Du coup, j'ai arrêté de sourire. Du coup, lui aussi.

En récupérant les copies, la fameuse élève grimaçante m'a tendu la sienne et m'a dit avec un grand sourire "C'est la première fois que je réussis".

Franchement. Est-ce que ce n'est pas trop - mignon - sérieux ? (oui, lecteur, tu dois lire cette phrase en faisant un stop à chaque mot et en prenant une voix de pouffe).

Donc, j'ai une année pour les amener lentement mais sûrement vers cette épreuve finale. Autant dire que le débat pour moi n'est pas de savoir si le brevet c'est bien ou pas, si ça sert à quelque chose ou pas. À la limite, je m'en fous.
Je veux juste qu'ils y croient et qu'ils essayent de faire de leur mieux. Et finalement, je me demande si c'est pas le plus important dans cette affaire.
Donc c'est parti pour une année "méthode Coué":

Allez les 3 C ! On va tous les niquer ! On l'fera les doigts dans l'nez ! Hitler, Staline ou Pépé**, ces gros bâtards on les connait ! Nik sa mère la guerre de Corée !

*À l'origine, au XVIIIe siècle, l'expression "de derrière les fagots" s'appliquait au vin, celui qu'on remontait de la cave où il avait été soigneusement conservé, caché derrière les fagots de bois stockés pour l'hiver, car il était de meilleure qualité. 
** Pétain. C'était pour la rime. 

mercredi 19 septembre 2012

Superteacher pas contente

Cette année, j'ai la chance d'être dans un établissement très différente de celui de l'an dernier. Donc, je peux comparer.

D'une énorme cité scolaire, je passe à un tout petit collège.
D'un collège de centre-ville chic, je passe à un établissement ZEP.
D'un public plutôt favorisé, je passe à un public qui l'est nettement moins.

Je rappelle que le label ZEP a été créé pour pallier à une inégalité de base : on injecte plus de moyens dans les établissements où les élèves ont moins de chances de leur côté pour compenser tout ça : effectifs plus petits, équipements plus facile à acheter...

Mais là, du coup, y a un truc que je comprends pas. Pourquoi cette année, dans ma ZEP, nous n'avons qu'un ordi tournant sous Windows 98 pour les 30 profs ? Pourquoi est-ce si difficile pour les autres enseignants d'obtenir un simple vidéoprojecteur dans leur salle ? Pourquoi faut-il prévoir ses photocops 24h à l'avance pour éviter de trop utiliser la machine de la salle des profs car elle coûte trop cher en encre ?

Pourquoi dans mon bahut de l'an dernier il y avait des tableaux numériques dans toutes les salles fraichement repeintes ? Pourquoi il y avait des panneaux solaires derniers cri surplombant une cour de récré dans un cloître ? Pourquoi dans la salle des profs il y a avait des super salles de travail munies d'ordi fonctionnant hyper vite et deux photocopieuses dernier cri tournant à plein régime ?

Pourquoi le brave et noble contribuable doit-il financer ce genre de travaux quand il y en a tellement plus besoin ailleurs ? (oh, l'argument du brave contribuable, ça devrait faire son effet quand même)

J'ai du mal à comprendre pourquoi dans un collège où les élèves ont réellement besoin du soutien constant de l'école, il n'y a visiblement aucun moyen financier, alors même que des dispositifs ont été mis en oeuvre pour ça.

Le truc qui me rassure, c'est que l'équipe a l'air super motivée et dynamique.
Mais quand même, c'est mettre des bâtons dans les roues aux profs, même si ça peut avoir l'air de détails techniques.

J'ai un peu envie de crier "VAZY LA C'EST DÉGUEULASSE"

Et oh, t'as cru t'allais rire tous les jours sur mon blog ou quoi.

jeudi 6 septembre 2012

Superteacher dans la cage aux lions

AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAHHHHHH c'est la rentrée des classes !!!!!

Je suis donc partie, le cartable sur le dos, les talons hauts et la chemise bien repassée, sur les routes seine et marnaises pour aller accomplir ma mission divine. Divine, j'ai dit. 

Oui, je sais, je devais être sexy. On ne se refait pas. 


J'ai accueilli mes chers petits devant ma classe, l'air strict et impénétrable. Un jour, une collègue (géniale) m'a dit : "Ne souris jamais avant le mois de décembre". 
Mais ils ont le droit de s'asseoir où ils veulent et ça, c'est comme un petit vent de liberté pour eux. Une minute après, je leur précise que dans 15 jours, ils seront replacés selon leur attitude - BIM. Et oui, mes amis, je souffle le chaud et le froid pour mieux m'imposer. OUAIS MA POULE. 

Présentations faites (pas de petites fiches avec Nom, Prénom, couleur des dernières selles et dernier détartrage...), je leur parle assez froidement de LA chose que je supporte très, très mal. Et oui, ce cher bavardage. Non pas que je n'aime pas les gens qui parlent en général, seulement, je pense qu'en classe, le laxisme face à ce fléau (et je pèse mes mots) n'est pas une solution. Appelez-moi vieux jeu, mais il me semble qu'il y a des lieux où il faut être physiquement capable de se taire (et je dis bien physiquement, car cela semble devenu impossible pour certains) et cela tout au long de sa vie. Bref. 

Visiblement, j'ai fait mouche, plus personne ne moufte. Pour être sincère, je ne crois pas que ça va durer longtemps. Mais ça ne coûte rien d'essayer. 

Pendant le cours, je tente quelques blagues pour détendre l'atmosphère, trois courageux rigolent, puis quatre. Oui, parce que je pense aussi qu'une classe ne doit pas être un temple de la sévéritude (oui, sévéritude). Faut qu'ils viennent avec plaisir (et sans aller jusque là, sans être stressés par le prof).

J'ai déjà repéré les trublions en puissance, encore anesthésiés par l'effet "premier cours". Affaire à suivre. 

Ah oui, et ce qui est drôle, c'est quand ils me découvrent. Il faut parfois aller les chercher dans la cours. Quand j'arrive, je vois bien sur leur visage qu'ils se disent "Hein ? Mais elle a 15 ans ! Mais elle est minuscule !"
D'ailleurs, en rentrant chez moi sur mon vélo, une élève que je n'ai pas en cours m'a crié "HEY, TON vélo est à plat !!!". Ouais. Tellement j'ai l'air jeune, ils me tutoient quand ils ne savent pas que je suis prof. Ça craint. Mais c'est drôle. 

dimanche 29 juillet 2012

Blog en vacances.


Nous informons notre aimable lectorat que ce blog est en vacances jusqu'au bon vouloir de son auteur. Vous pouvez tabler sur un autre bon mois de vacances.


Oh, je vous entends déjà : "Ces blogs, c'est vraiment des fainéants. Ils sont tous le temps en vacances et et en plus, ils sont payés l'été alors qu'ils ne publient même pas. C'est avec les impôts du bon samaritain qu'ils gagnent leur pain, vous vous rendez compte. Moi, je les ficherais à l'usine, pour qu'ils apprennent ce qu'est la vie. Toujours le minimum syndical. Et les syndicats, parlons-en ! Toujours à se plaindre pour travailler moins et gagner plus. Foutus fonctionnaires blogs !"


mardi 19 juin 2012

Superteacher fait de la sociologie

Mes collègues confirmeront : il n'y a pas une classe pareille. Et c'est étrange, mais on a très rapidement la sensation d'avoir affaire à un "groupe classe" et non pas à 30 individus distincts.
Parfois, l'alchimie entre les élèves prend, parfois elle ne prend pas mais on finit toujours par avoir tout un éventail de classes différentes.

Extrait de Superteacher S.T, Essai d'analyse sociologique du groupe classe, de l'anarchie au silence radio, Paris, 2012, Editions du stagiaire.

"la classe solaire : la classe solaire est une classe qui, comme son nom l'indique, est brillante. Les élèves ont un niveau qui vous laisse parfois bouche bée. Il arrive que leurs questions commencent par "Mais pensez-vous que dans le contexte actuel...?". (mais enfin, tu as 12 ans !). La classe solaire est très agréable, puisqu'elle comprend tout ce que vous racontez et plus. Mais elle a un défaut. Comme le soleil, elle peut produire de l'énergie. Renouvelable, évidemment. Et elle devient difficile à canaliser puisqu'ils ont tellement envie et de participer qu'ils vont parfois hurler "MOOOOOOOOOAAAA JE SAIIIIIIIS" pour être sûr de pouvoir répondre avant les autres tout aussi brillants. Bruyant.

la classe des cancres : certainement la plus éprouvante, mais pas la moins attachante. Les cancres ne sont a priori pas là pour travailler et la classe l'a joyeusement accepté. Chahuts, ricanements, gros mots, bavardages sont à prévoir. Seulement, il arrive que la classe des cancres mute si elle vous aime bien. Et là, c'est toujours fatiguant mais c'est aussi méga kiffant parce qu'ils mettent leur énergie de cancre à participer au cours. Le cours devient donc parfois surréaliste entre un élève qui va retomber dans le rôle du cancre, puis va se faire reprendre par son voisin de devant (cancre repenti) qui va lui gueuler de se taire, qui lui même va se faire reprendre par la prof qui va lui reprocher de crier même si c'est pour la bonne cause, mais qui va finir par avoir une réponse brillante à une question compliquée. Kiffant, je vous dis. 

la classe ramollie du bulbe : selon moi, la plus chiante. Elle est facile à décrire : c'est le silence radio. Vous posez une question pourtant passionnante (mais si, passionnante, j'ai dis), vous regardez les élèves et rien ne se passe. Entre celui qui se gratte le nez, celui qui se gratte le ventre, celui qui n'a pas compris la question, celui qui essaye de communiquer en morse avec son voisin, celle qui se remet du baume à lèvres, vous vous sentez un peu seul. 
Puis, au fond, une lumière ! Un élève lève la main ! Vous l'interrogez ! "Ah, non, pardon Madame, je m'étirais". Ok, c'est pas grave. Une prochaine fois. Classe qui vous donne l'impression de n'être qu'un écran de télé et un écran un peu chiant. Genre LCP. 

la classe Gerard Klein : comme son nom l'indique, elle a l'air tout droit sortie d'un feuilleton télé béni-oui-oui. Ils ne bavardent pas, juste un peu pour que vous puissiez les reprendre de temps en temps. Ils posent des questions. Ils répondent aux questions. Le cancre est au fond, près du radiateur ou de la fenêtre. Il met parfois un peu d'ambiance mais tout cela reste bon enfant. Bref, on a l'impression d'être dans l'Instit et il faut avouer que c'est assez reposant. "


 L'Essai d'analyse sociologique du groupe classe, de l'anarchie au silence radio est disponible dans toutes les bonnes librairies. 

Superteacher a eu les pétoches

Quand on passe les concours, on a vraiment pleins de super idées en tête.
On pense qu'on va commencer le premier cours de l'année de façon géniale.
Qu'on va être Michelle Pfeiffer dans "Esprits rebelles", genre "les mecs, vous allez voir, avec moi l'histoire ça va être mieux que les anges de la téléréalité. La géographie, ça sera plus sympa que Loana dans la piscine" (ah non, ça, ils connaissent pas)(quel coup de vieux, quand même).

En fait, non.
Mais alors, pas du tout. Mon PREMIER cours, ça a même été un peu nul.
La première chose, c'est que les élèves connaissent mieux les règles du jeu que toi. C'est à dire que devant moi, 30 enfants sont restés debout jusqu'à ce que je les autorise à s'asseoir. Sérieusement ??? Ça vous arrive souvent qu'une assemblée attende vos ordres ?? Délire de puissance. (on en revient vite, par contre)

Déjà, à la base, les élèves sont un peu méfiants. Silencieux. Tu les regardes. Ils te regardent. Sont inquiets. Va-t-elle être Mère Noël ou Mère Fouettard ? Que va-t-elle dire ?

"Bonjour, je suis votre prof d'histoire-géo".

Beuuuuh. Un point pour l'originalité. 

Et après, ce fut le freestyle sans filet. J'ai inventé. Parce que je ne savais pas du tout quelles allaient être mes exigences pour l'année à venir. Mais il faut quand même sauver l'honneur et faire croire que tu sais déjà tout ça et que tu as des heures de vol derrière toi.

Alors, j'ai mobilisé mes souvenirs de jeunesse et j'ai BA-RA-TI-NÉ

"cahier grand format" "bavardages" "interrogation début de cours" "etc" "etc"

Bref, vraiment bidon. L'an prochain, ça va être autre chose, moi je vous le dis ! Parce qu'au moins, je saurais ce qu'est un élève.

Puis, le vrai cours a commencé. Ouf, ils parlent. Ils répondent aux questions. Waaa, mes élèves ont été fabriqué avec l'option  "participation active en classe". Coooool !

N'empêche, j'avoue que je ne me rappelle pas de tout mais je me souviens quand même que quand je suis sortie de ces trois premières heures, j'étais vannée, déçue par moi-même et pleine de doutes. Michelle Pfeiffer, mon cul, ouais.